JOURNEES DU PATRIMOINE, les vitrines AALLARD remontent le temps : la visite en images
Du 7 au 24 septembre, quatorze panneaux d'archives, deux toiles et le plafond dessiné par Le Même racontent la Maison et la place de l'Église. Visite virtuelle, vitrine par vitrine.
Depuis le lundi 7 septembre 2026, il suffit de faire le tour de la Maison AALLARD, du quai du Prieuré à la place de l’Église, pour traverser cent cinquante ans d’histoire de Megève. Quatorze panneaux d’archives, deux grandes toiles et l’ancien plafond dessiné par le cabinet d’Henry Jacques Le Même occupent les vitrines jusqu’au 24 septembre, en passant par les Journées européennes du patrimoine des 19 et 20 septembre. Cet article vous propose la visite en images, vitrine par vitrine. Les panneaux se lisent encore mieux en vrai, place de l’Église.

Étape 1. Quai du Prieuré, la promenade commence au pont des Vaudois
Le parcours commence à la vitrine des accessoires, quai du Prieuré. Le premier panneau montre les bâtiments du quai avant 1962, vus depuis le pont des Vaudois, et un haut-relief qui rappelle la venue de saint François de Sales à Megève en 1606. Les deux panneaux suivants racontent la démolition de ces bâtiments en 1962 : la rue s’élargit, et sur la photographie prise juste après, on distingue nettement la ferme qui dominait alors le Saint-Paul. Pour qui connaît le quai d’aujourd’hui, la comparaison est saisissante.



Étape 2. La Maison AALLARD, panneau après panneau
Quatre panneaux recto verso, visibles de la rue comme de l’intérieur de la boutique, suivent ensuite la maison elle-même. À la fin du XIXe siècle, la route nationale 202 n’existe pas encore : on ne voit que deux des trois ponts, et la maison n’a qu’une toiture à un pan, en retrait de la tour. Vers 1904, le jeune Armand Allard se forme comme maître tailleur auprès de son oncle Antoine Allard, dans une maison située devant l’église, le « Petit Prieuré », aujourd’hui disparue.



En 1911, ce même oncle achète la maison actuelle, en reconstruit la partie sur la place et l’agrandit. Quarante ans plus tard, en 1951, l’architecte Henry Jacques Le Même dirige de nouveaux travaux. La façade orientale, laissée intacte lors de l’agrandissement de 1911, est démolie et entièrement reconstruite. La façade sur la place gagne deux balcons et un étage boisé. Deux panneaux complètent la série, l’un sur les années 1950 et 1960, l’autre sur la signature de Le Même sur la façade.




Étape 3. La place de l’Église à 360 degrés
Trois panneaux élargissent le regard à toute la place. La mairie, construite en 1904, dont les volets bleus ont cédé la place aux volets rayés comme ceux du Prieuré. Les ponts, avec deux vues prises au même endroit, côté Cinq Rues, en 1880 et au début du XXe siècle, et le pont construit en 1892. La tour Magdelain, qui a d’abord abrité l’hôtel-restaurant du Mont Joly, avant que des ouvertures percées au rez-de-chaussée n’accueillent des commerces.



Deux derniers panneaux sont consacrés au Prieuré et à l’église : les deux maisons de rapport construites en 1867 au niveau du mur du cloître et détruites en 1937, l’agrandissement de l’église en 1870, et la surélévation du toit du Prieuré par Le Même en 1954.


Chaque panneau porte un texte et des légendes, et le graphisme joue la carte de l’archive : les plans d’architecte apparaissent en trame très pâle sous les photographies.
Étape 4. La grande vitrine : « Le Même chez Allard »
La grande vitrine est réservée à l’architecte. On y découvre l’ancien plafonnier en bois de la boutique, dessiné par son cabinet et transformé depuis en miroir, présenté devant un plan d’époque tiré en grand format. Les plans d’origine, signés HJ Le Même de 1951 à 1962, ont été redécouverts et numérisés pour l’occasion. À l’intérieur, la banque d’accueil reproduit la table de coupe d’Armand Allard, dessinée par Le Même en 1962, sur laquelle furent coupés les fuseaux.

Six mois dans les archives
Tout est parti d’une rencontre, en mars, entre Antoine Allard et Sophie Blanchin, responsable des archives à la direction de la culture de la Mairie de Megève et guide du patrimoine. L’année du centenaire de la Maison, fondée en 1926, l’idée était de raconter le bâtiment plutôt que la marque. Pendant six mois, Sophie Blanchin a dépouillé les archives municipales et le carton d’archives de la famille Allard : cartes postales, photographies et plans ont été numérisés, datés et légendés.
Il faut mesurer ce que représente ce travail. Retrouver une carte postale, c’est peu ; la dater, identifier le propriétaire de la maison à cette époque, la croiser avec un plan et une photographie prise du même angle vingt ans plus tard, c’est des semaines de patience. Sophie Blanchin l’a fait pour chacun des quatorze panneaux, en confrontant les fonds de la Mairie aux documents que la famille Allard conservait sans toujours savoir les lire. Megève a cette chance rare : des archives communales riches, entretenues, et une archiviste qui les fait parler. La Maison AALLARD lui doit une bonne part de ce qu’elle apprend aujourd’hui sur sa propre histoire.
Deux artistes en écho
Jie Chang, peintre chinoise installée à Megève, a participé à la restauration de l’église. Elle a reproduit sur deux grandes toiles des dessins signés C. Socquet en 1979, qui restituent la place de l’Église telle qu’elle se présentait il y a plusieurs siècles, cloître et tour compris. Publiées dans le livre « Notre église », ces toiles ouvrent le récit au quai du Prieuré, avec un cartel qui montre le dessin d’origine.

Adrianna Muffat Jeandet, photographe et peintre, présente « Faire Montagne », un parcours de vingt-deux panneaux consacré à Henry Jacques Le Même et à l’architecture de Megève, visible sur la montée du Calvaire jusqu’au 10 mai 2027. Le musée de l’Ermitage du Calvaire en a accueilli le volet d’œuvres originales cet été. La grande vitrine lui fait écho et renvoie les visiteurs vers ce parcours : programme et informations pratiques sur megeve-tourisme.fr.

Deux visites guidées le samedi 19 septembre
Le samedi 19 septembre, à 10 h et à 11 h 30, Sylviane Grosset-Janin, guide du patrimoine de Megève, conduira deux visites de 45 minutes, limitées à quinze personnes. Après les vitrines et la lecture de la place, la visite entre dans la Maison : la banque d’accueil, la tour AALLARD avec les ciseaux d’Armand Allard et le récit de l’invention du fuseau, les fleurs de lys peintes de l’époque des prieurs et l’atelier de retouche et de création.
Inscriptions gratuites auprès de l’Office de tourisme de Megève. Et pour ceux qui n’auront pas de place, les vitrines se visitent librement, à toute heure et jusqu’au 24 septembre, en faisant simplement le tour de la Maison, 148 place de l’Église.